Des gens en uniformes

Dans de nombreux quartiers et districts, la présence régulière de nombreux agents de la police anti-émeute à Hong Kong m’a récemment poussé à faire le bilan de mon expérience des hommes en uniformes. Et on peut dire que si je fais partie de cette génération de Français qui n’ont eu à subir qu’une seule journée d’appel sous les drapeaux dans mon propre pays, mes pérégrinations m’ont souvent ramené à l’uniforme de manière tout à fait ironique.

Bien que me méfiant des catégories, si j’avais à classer ces expériences, voici le diptyque qui en résulterait :

La première catégorie est celle des militaires yéménites et des militaires népalais. Dans les deux cas, je les ai rencontrés d’abord pour des raisons professionnelles puisque j’ai été amené à leur donner des cours de français. Avoir des militaires comme étudiants, c’est très amusant. Ça change beaucoup la perception que l’on peut avoir de ce monde que les enseignants, en général, ont tendance à mépriser pour les raisons sociologiques que l’on sait. Or, servir d’enseignant – en langue – à un groupe d’étudiants militaires qui se forment pour des raisons diplomatiques, c’est une aide formidable à l’abandon des préjugés que l’on peut avoir sur une caste qui a le malheur de devoir porter des armes pour nourrir sa famille. J’ai peut-être eu la bonne idée dans le même temps, de me souvenir que sous un uniforme, c’est toujours le coeur d’un individu qui bat.

La seconde catégorie des personnes en uniformes qui m’aura marqué, est celle dans laquelle je me vois forcé aujourd’hui, de mettre côte à côte, une armée et une police qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre. Il s’agit de l’armée israélienne Tsahal et la police anti-émeute de Hong Kong. Ce qui unit ces deux groupes pour moi, c’est le ressenti que j’en ai eu. En rentrant chez moi récemment, j’ai croisé une patrouille de police anti-émeute hongkongaise. Il n’y avait que des hommes. Tous habillés avec un uniforme vert et du cuir noir, leur tenue et leur façon de marcher, de parler, de traîner des rangers, de laisser bouffer leurs treillis, m’avaient tout à coup replongé dans l’atmosphère israélo-palestinienne. Comme si mon histoire se télescopait, je me sentais comme marchant à Jérusalem, à côté d’une patrouille de Tsahal qui attendait son heure en marchant nonchalamment avant d’aller contrôler l’identité d’un jeune Palestinien qui passerait par là. C’est la même impression de calme violent et de chaleur en suspens qui émanait de la rue et du groupe d’hommes en uniformes.

Je ne compare pas moralement. Je compare physiquement. C’est la chair qui parle. Or, si dans la première catégorie, ce sont des individus que j’ai rencontrés, dans la seconde, ce ne sont que des groupes. Fragiles perceptions de l’homme.

JSD