L’œuf et la lune pour la mi-automne

Célébrée non seulement dans les pays de tradition han, mais aussi avec quelques spécificités nationales au Japon, la ‘fête de la mi-automne’, comme son nom semble le démentir, survient très souvent au début de l’automne. Nous parlons là d’un découpage selon le calendrier romain dans les zones tempérées de l’hémisphère nord. Or, celle qu’on nomme 中秋節 [1] est une fête qui repose sur un calendrier chinois selon lequel le mois de septembre n’est pas la fin de l’été mais déjà la ‘mi-automne’, 秋 [2] étant l’automne à proprement parler. Cette année, la célébration se fait dans la nuit du mardi 21 septembre.

Le nom japonais de cette fête, お月見 [3] insiste sur son aspect contemplatif. L’événement survient la nuit de pleine lune – c’est-à-dire le 15ème jour puisqu’il s’agit d’un calendrier lunaire – du 8ème mois. Les mois du calendrier ne portent pas de nom mais son classés de manière numérique. Cette nuit-là, les familles, les couples ou les amis se rassemblent pour observer (見) la lune (月).

Dans la plus pure tradition cantonaise, le 月餅 [4] ou ‘gâteau lune’ est partagé en famille. Sa consistance grasse et étoffée, faite d’une pâte de graines de lotus renfermant un jaune d’œuf de canard plus ou moins cuit, est la raison exlusive, pouvons-nous penser, pour laquelle on peut aussi facilement se passionner pour cette pâtisserie saisonnière qu’en être rapidement dégoûté.

Si l’œuf de canard symbolise assez facilement l’élément lunaire, il convient de noter que la fête a des racines religieuses profondes. Il s’agit vraissemblablement d’un culte lunaire apparenté à la déesse 嫦娥 [5] qui, après avoir malencontreusement bu un élixir d’immortalité, s’est retrouvée séparée de son mari et a décidé de vivre sur la lune pour qu’ils puissent au moins se voir à la pleine lune.

On peut encore penser que ce culte lunaire précède encore le mythe classique puisque d’anciens peuples hans et non-hans soulignent déjà dans leurs rites l’aspect féminin du divin dans la lune et rapprochent les phases lunaires de la menstruation. La lune est, traditionnellement, vénérée par les femmes.

En Chine du Sud, la 中秋節 est une fête aux lanternes et y participent des danseurs et porteurs de dragon – comme le célèbre dragon de Tai Hang à Hong Kong – et de lions. La commercialisation de la fête n’a pas réellement abîmé les mythes, quelquefois très localisés, qui se sont ajoutés à l’événement au cours des siècles. Un mythe d’origine bouddhique – donc extérieure aux racines originelles de la fête – met en scène un lapin qui, alors qu’une divinité voulait tester sa compassion, ainsi que celle de ses camarades, le singe et le renard (ou le chacal dans certaines versions), a réussi à prouver sa noblesse d’âme en se sacrifiant. Le dieu Śakra se faisait passer pour un mendiant réclamant de la nourriture. Le singe et le renard ont pu facilement trouver de quoi nourrir la divinité déguisée mais le lapin, se retrouvant sans ressource, eut l’idée de se jeter lui-même dans un feu pour que ses chairs nourrissent le supposé mendiant. Devant cette abnégation, les dieux l’ont élevé au rang de ‘lapin de jade’ et lui ont permis d’habiter le palais situé sur la lune, en compagnie de la déesse 嫦娥 en personne.


[1] Dzoung-Tshaou-Dzit en cantonais et Djong-Tchiou-Djé en mandarin standard
[2] tshaou
[3] Otsukimi
[4] yutbeng
[5] Seung-Ngo


Illustration : Gao Qipei, Bambou, fleurs de pruniers et lune

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